Des villages en crise d’où viendra la nourriture pour les villes?

L’image romantique des villages en Afrique n’est plus exactement celle qu’on se représente souvent. Finit la douceur du climat, les odeurs, la bonhommie des habitants des campagnes. Aujourd’hui les villages en Afrique en général et au Cameroun en particulier sont en proie à de nombreuses mutations. On savait déjà que les villes Africaines connaissent un boom démographique soutenue notamment par une exode rural entamée depuis plusieurs années comme le révèle cette étude de Bloomberg qui prend sa source du FAO.

évolution de la population urbaine en Afrique

On peut en effet observer que la population dans les zones urbaines va continuer à augmenter de manière continue au moins jusqu’en 2050.

Aujourd’hui on estime que environ 40% de la population urbaine en Afrique vit en ville.


Que se passe t-il dans les villages et comment revitaliser ceux-ci?

De notre expérience au Cameroun nous avons remarqué que les zones rurales sont en pleine mutation tout de même:

Vieillissement des populations :

les jeunes ont déserté les champs. Ceux que nous croisons dans le cadre de notre projet ne sont pas souvent de autochtones. C’est souvent des jeunes venus d’autres régions du Cameroun, du nord ou encore des régions anglophones en général qui travaillent dans les plantations.

Si les jeunes autochtones abandonnent leurs régions dans ce cas mécaniquement on observe une raréfaction de la main d’oeuvre disponible, car les ainées qui ont plus de 55 ans n’ont pas la même force de travail pour entretenir les champs. Or, 80% de la production alimentaire provient des zones rurales. On court donc un risque de diminution dans les quantités produites.

80% de la production alimentaire provient des villages et des campagnes selon la FAO

Les exploitations chinoises et les élites locales

Les plus actifs dans les villages en tout cas en ce qui concerne l’agriculture se sont les exploitants étrangers et notamment les chinois » L’autre groupe qui semble prendre l’agriculture à coeur est constituées des citadins qui travaillent en ville et qui maintiennent un contact avec le village. Nous avons visité plusieurs fermes d’élites locales qui exploitent selon le cas Cacao, palmier à huile, etc et parfois même ils font de la pisciculture.

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas très bien le Cameroun, je souhaite préciser que la relation entre les citadins et leur villages est très étroite pour la génération des indépendances (personnes nés autour des années 1960). Il est très courant pour les Camerounais de plus de 50 ans d’aller dans leur village pour rendre visite à la famille, pour des célébrations, des deuils, etc les citadins de cette génération entretiennent donc une relation étroite avec le village. Cependant ils sont bien occupés en ville et ne dispose pas toujours du temps et des ressources financières pour lancer des exploitations agricoles.

Le soutien de la diaspora

Ceux de cette génération qui ont des enfants ou de la famille à l’étranger s’appuient sur la diaspora pour financer leurs exploitations agricoles. Il font souligner que notre voisin dans notre Lab de Mbankomo a un très beau poulailler et qu’il nous a indiqué récemment en faire l’extension tant la demande en poulet est forte. Selon ses propos il a réussit à se développer grâce au soutien d’un membre de sa famille à l’étranger: ce dernier lui apporte son soutien et ses conseils.

En 2015, la banque mondiale a indiqué que le montant des transfert internationaux de la diaspora Africaine vers leur pays d’origine avait dépassé les 35 Milliards de dollars

Les routes pour désenclaver les zones rurales

L’accès aux zones rurales reste difficile, ce qui pose un risque sur la sécurité alimentaire au Cameroun en particulier. Cependant, nous avons observé que certains grands travaux routiers ont été initié dans certaines régions pour créer des routes qui vont aider les agriculteurs à plus facilement acheminer les vivres vers les marchés urbains.

Alcoolisme et banditisme

L’abus de consommation d’alcool est un fléau, une gangrène, un mal qui limite le développement des projets agricoles en Afrique. Les ainés et les jeunes consomment beaucoup d’alcool et ceci mine la relation avec les investisseurs ou les promoteurs de projets comme nous. En effet nous avons eu beaucoup de difficultés à tenir les délais de production que ce soit dans le projet de mise en place d’un puit d’eau ou encore pour l’entretien de nos plantations nous avons des problèmes sur tous les sites.

Prosaïquement il est plus facile de discuter avec un ouvrier agricole lorsque ce dernier n’as pas d’argent et qu’il est à la recherche d’emploi justement. Cependant difficile de lui faire confiance une fois ledit travail obtenu car ce dernier va simplement pas respecter les délais. Nous avons connus deux situations pour illustrer ce manque de professionnalisme:

  • Le puit de Yoko

Nous avons initié un projet dans notre ferme à 7 heures de route de Yaoundé. Nous avons fait nos enquêtes et finalement recruté des ouvriers de puits locaux. Une fois l’avance salariale obtenue, ces derniers nous ont pas livré le puit à temps, or nous étions en pleine production de pastèques. A ce jour ce puit n’est toujours pas livré…ceci nous a coûté 45% de notre production de pastèques.

puits de yoko au CAMEROUN

  • Les planches pour la porcherie

Ce deuxième exemple fait référence à l’abus d’alcool. Nous avons commandé des planches chez un autochtones et ainés de par son âge. Malgré les nombreuses relances il n’a pas livré à temps car en proie à l’alcool.


Solutions et conclusion

Toute situation suppose que l’on trouve des solutions adaptées.  Tous les projets ne se ressemblent pas et la réalité de notre expérience telle que décrite ici n’est pas commune à tous les villages ou bassins de production agricoles du Cameroun. Il faut donc pas considérer ce retour d’expérience comme la réalité de tous les projets en Afrique. Bien entendu en tant qu’entrepreneur, nous avons trouvé des solutions adaptées et qui marchent:

L’expertise locale: il existe une vraie expertise locale sur laquelle nous devons toujours nous appuyer. En prenant des villageois pour creuser notre puit lorsque des techniques modernes existent, nous courrions le risque d’être déçu et c’est ce qui s’est passé. Le Cameroun est un pays agricole qui est dans le top 10 mondial des producteurs de Cacao par exemple. De plus le ministère de l’agriculture et différentes organisations telles que l’IRAD aide à trouver des solutions locales. Il faut toujours rechercher des experts.

Les contrats : Il faut toujours faire signer un contrat aux ouvriers. Que ce soit formalisés. Même une simple feuille avec le numéro de CNI et les termes du contrat est suffisant.

Présence d’un chef de site: Plus de surveillance et une présence sur place pour assurer de l’effectivité du travail.

La gendarmerie nationale: Aussi il faut collaborer avec les forces de l’ordre et notamment les gendarmes, car lorsque les contrats sont signés ils ont une obligation devant la loi de vous faire justice.

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